La vie étudiante, c'est fini pour moi... Non pas que je me morfonde, mais mardi dernier, j'ai eu ma soutenance de stage à l'école, et c'est là que j'ai vraiment réalisé...
Je me suis revue le 1er jour avec mes parents. On avait fait la route depuis Toulon la veille et on avait dormi dans un gite près de Rouen. Je devais me rendre à l'école le matin pour signer et récupérer quelques papiers, ainsi que pour m'installer dans le studio qui m'était attribué. La première chose qui m'a frappé, c'est que le hall de l'école ne ressemblait pas du tout aux photos que j'avais pu voir (petits malins : l'école est sur deux sites. Le 1er, celui sur lequel j'ai passé ma scolarité, date des années 70 ; l'autre de 2000. Forcèment, ils ont pris le 2ème en photo !). L'accueil a été plutôt agréable, et on nous a remis une mallette avec plein de documents sur la ville de Rouen, les rensignements utiles... Ensuite, on s'est rendu à la résidence Capelle de l'INSA pour récupérer les clés de mon studio. Tout allait bien, jusqu'à ce que je découvre l'intérieur du studio : vue sur le parking et mobilier intégralement orange ! Là, je me suis fait une liste des choses auxquelles je devais penser pour ne pas déprimer... L'après-midi, on est tous les trois allés en ville pour m'acheter une veste (c'est qu'il caillait grave en septembre 2001 à Rouen) et c'est sur les télés du centre commercial qu'on a été informé des attentats du 11 septembre : tout le monde était attroupé devant les écrans et se demandait si c'était un film ou non.
Quelques jours après, mes parents sont repartis sur Toulon. J'ai alors découvert les joies du (gentil) bizutage et de la prépa. Autant être franche : les deux premières années n'ont pas été de la rigolade. Les mots qui pourraient les résumer sont : solitude, travail, pluie. Mais j'ai tenu le choc et j'ai remonté la pente à partir de la 3ème année, année où j'ai intégré le département "Chimie Fine et Ingénierie". J'ai rencontré d'autres personnes (plus sympathiques et proches de moi), mon copain a poursuivi ses études sur Evreux (à 60 km), mes parents m'ont prêté leur Twingo (fini les courses en bus), ma grand-mère m'a acheté une machine à laver (et ça change la vie). De plus, j'étudiais enfin ce que j'aimais vraiment. J'ai aussi découvert le Génie des Procédés Chimiques (de son petit nom GPC ou GC) et ça, ça m'a vraiment plu. Alors qu'est-ce que cachent ces initiales barbares ? C'est un peu compliqué à expliquer et pourtant, c'est la clé de tout ! Imaginez qu'un chimiste mette au point, dans le secret de son laboratoire, une nouvelle molécule et la "recette" pour l'obtenir... Et bien, l'Ingénieur Procédés mettra au point cette même recette pour l'industrie. Biensûr, ce serait trop facile de penser qu'il suffit de multiplier la quantité d'ingrédients et la taille des récipients par 1000 ou 2000... Déjà, car des béchers ou des erlenmeyers de 10000 L (ou 10 m3) ça n'existe pas ! Et puis, imaginez que la casserole déborde : s'il y a un litre d'eau dedans, passe encore, mais 10000 L, je plains les gens qui se trouvent autour ! En plus, le GC est multidisciplinaire : un peu de chimie organique (image traditionnelle de la chimie), de la mécanique des fluides, de la thermodynamique, de l'automatisme, de la simulation de procédés... Et le tout, appliqué de façon très très concrète. C'est, de toutes façons, un domaine empirique. Les débouchés sont très divers : les Ingénieurs Procédés peuvent travailler en production ou en ingénierie, et dans les domaines de l'agro-alimentaire, de la pharmacie, des cosmétiques, de l'énergie (comme moi)... Peu de gens y pensent et aucun conseiller d'orientation ne le suggère... Nous étions 8 en GC sur une promo de 70 en chimie et de 240 toutes spécialités confondues, alors que les Ingénieurs Procédés sont très demandés (l'entreprise où je travaille en recrute 30 par an).
Après avoir fait un peu de pub pour le GC, revenons-en à nos moutons. Mardi dernier donc, je soutenais devant jury mon stage de fin d'étude, que j'ai fait, 6 mois durant, à l'Institut Français du Pétrole. J'ai revu des camarades de promo (certains au chomage, d'autres en thèse, d'autres en CDD et quelques-uns en CDI) et des profs (je n'ai pas hésité à remercier ceux que j'avais vraiment apprécié). C'est aussi là que j'ai réalisé que c'était la dernière fois que je mettais les pieds dans mon école...
Une dernière chose à l'intention de tous les étudiants de prépa et d'école d'ingénieurs : Enlevez-vous de la tête que vous ne réussirez pas car vous êtes moins bien classés que les autres ou parce que vous avez de moins bonnes notes. A la fin, tout le monde a le même diplôme, et aucune note n'est inscrite dessus. En revanche, ce qui fera la différence, c'est votre personnalité, votre attitude. Les employeurs préféreront quelqu'un de dynamique, curieux, qui vit avec son temps, qui est au fait de l'actualité. Une lettre de motivation écrite avec de belles phrases, un CV pompeux, auront moins d'effet qu'une lettre écrite avec des phrases simples mais pleines de sens car on est réellement intéressé et motivé. Au lieu de travailler jusqu'au milieu de la nuit pour avoir 16/20 au lieu de 14/20 au contrôle du lendemain, allez faire du sport, voir une expo, un film, rencontrez des gens... Le plus important, c'est votre stage de fin d'étude : bien le choisir, bien le mener, se faire remarquer pour ses qualités et son travail, et nouer des contacts.